BanAzul

Jorge, malgré un master de gestion, a dû reprendre le travail de concierge de son père handicapé et s'occuper de lui à plein temps. Son frère ainé, Antonio, est en prison. Natalia, la fille qu'il aime depuis l'enfance, est revenue vivre dans l'immeuble. Son meilleur ami, Israël, passe son temps sur le toit à espionner les voisins découvrant ainsi que son propre père fréquente le salon de massages coquins d'en face. Tout bascule pour Jorge quand Antonio, sorti de prison, lui demande un étrange service : mettre enceinte, à sa place, Paula, sa petite amie restée en prison...

 Bleu foncé presque noir

Ce premier film du très prometteur réalisateur espagnol Daniel Sànchez Arévalo, trois fois récompensés aux Goyas cette année - l'équivalent de nos César - est une véritable réussite. Son titre n'aurait pu être mieux choisi. Tout d'abord parce que Azul est une véritable palettes de couleurs et d'émotions. Ensuite parce qu'on ne peut pas le qualifier de sombre malgré les thèmes abordés (la violence des prisons, l'homo-sexualité refoulée, les conflits entre les générations au sein de la famille, les perspectives d'avenir de la jeunesse espagnole) puisque l'auteur choisit d'équilibrer intelligemment ceux-ci et surtout, de conserver une légèreté et une fraîcheur qui en font un divertissement intelligent et agréable.

Etiquetté comme le réalisateur le plus intéressant depuis Almodovar, il se distingue de son illustre prédécesseur par sa vision un peu moins glauque et dérangeante des choses. Mais on reconnaît également une certaine maîtrise de l'image. Ses acteurs se livrent avec une sincérité et une justesse impressionante autour d'une mise en scène remarquable. Une des scènes du film en est l'illustration parfaite. Le réalisateur nous offre deux couples qui se réconfortent parce qu'ils choisissent finalement des chemins différents et le parallèle entre ces deux scènes est habilement effectué, en mettant à profit des mouvements de caméras ingénieux. De plus, il offre à Antonio de la Torre, successivement drôle et touchant, la séquence la plus émouvante du film.

La fin pourrait toutefois nous paraître légèrement baclée ou alors ce sera éventuellement la volonté de son auteur de boucler son film en queue de poisson. Pas de grosses surprises ou de changements radicals dans la vie de ses protagonistes. Il marque un point, si l'on voit les choses comme ça. Mais après un film fort en humour et teinté de plusieurs scènes poignantes, on devient peut-être exigent et on aurait attendu quelque chose de plus fort. Azul pourrait être l'équivalent hibérique de L'auberge espagnole ou Les poupées russes de Cédric Klapish, avec ses défauts et ses qualités. Une gallerie de personnages secondaires intéressante alors que le principal a parfois tendance à nous agacer. Néanmoins, il parvient modestement à nous fait ressentir sa quête d'autonomie et d'indépendance, avec cet espoir de s'affirmer individuellement et professionnellement.

Ravi en tout cas qu'on m'ait fait découvrir ce film, véritable coup de coeur, qui malheureusement va encore passer trop inaperçu (puisque cantonné aux cinémas d'arts et d'essai) alors que c'est probablement un des meilleurs de ce premier semestre 2007.

Un premier film touchant et drôle, truffé de qualités à commencer par le talent de ses interprètes, la réussite de la mise en scène et l'esthétisme des plans, qui viennent nous faire oublier ses petites imperfections. Encourageant pour la suite !

AZUL (Oscurocasinegro) 4sur6

AVEC QUIM GUTIÈRREZ, MARTA ETURA, A. DE LA TORRE
UN FILM DE DANIEL S. ARÈVALO ESPAGNE  DRAME, COMEDIE - 1h45 -  2007

         Filmos         
Antonio de la Torre (Volver)
Marta Etura (Remake )

 

 

     Prochaine critique   
Le dernier roi d'Ecosse de Kevin MacDonald