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AVEC JOHNNY DEPP, HELENA BONHAM-CARTER, ALAN RICKMAN - UN FILM DE TIM BURTON ETATS_20UNIS4 MUSICAL, GORE - 1h55 - 2008 - Londres, 19ème siècle. Issue du folklore anglais, Sweeney Todd raconte l'histoire morbide d'un barbier, Benjamin Barker, condamné à tort par un juge corrompu et exilé en Australie pour purger sa peine, d'où il s'évade quinze ans plus tard. Décidé à retrouver sa femme et son enfant, il retourne en Angleterre sous le nom de Sweeney Todd, mais découvre que le fameux juge est sur le point d'épouser sa fille ! Désespéré, il plonge peu à peu dans la folie et décide de prendre sa vengeance. Se met alors en place un monstrueux carnage…

Et bon appétit bien sûr ! 

        Depuis quelques temps, les derniers films de Tim Burton ont un certain goût de déjà-vu lors desquels on retrouve avec plaisir et parfois une touche de déception les éléments caractéristiques de l'univers du réalisateur.  Ce Sweeney Todd fraîchement sorti confirme la tendance : sorte de pot-pourri de ses précédentes oeuvres - on remarque une sacrée ressemblance entre Sweeney Todd et Edward - avec un casting assez courant et des bouilles comme Burton les aime - dont ce pâle sosie de Christina Ricci dans Sleepy Hollow qui interprète la fille de Todd, Johanna. Afin de changer un peu et ne pas donner l'impression de servir au spectateur le même plat assaisoné différemment, il change d'acolyte pour la partie musique et abandonne temporairement le talentueux Danny Elfman.

        Après une introduction qui pose rapidement le décor et dont Burton a le secret, on découvre Depp à bord d'un bâteau - instant de panique ! Zut il s'agit de Pirates des Caraïbes 4 ? - revenant vers Londres dont il a été banni plusieurs années auparavant, séparé de son épouse et de sa jeune fille - en tout cas, c'est ce qu'on comprend grâce au barbier exilé qui pousse la chansonette. D'ailleurs, on constate rapidement que le film va souffrir de la surabondance de chants, aux textes pas toujours inspirés qui plus est. Plutôt que  de servir le film et la narration, il est d'abord utilisé pour raconter le passé des protagonistes puis pour justifier la pseudo-romance entre un jeune matelot et la fille de Todd dont on se serait plus que passé. Première grosse déception donc dès le premier quart d'heure. Les scènes non-chantées se font rares et pourtant, ce sont celles qui donnent du cachet à l'oeuvre, puisque l'on ressent davantage le chagrin et la soif de vengeance dans les silences de Benjamin Barker (rebaptisé par ses propres soins Sweeney Todd) que dans ses sérénades.

        Dès l'arrivée de Mrs Lovett, le film prend de l'ampleur. La cuisinière apporte l'ingrédient miracle qui donne enfin à l'oeuvre la saveur qu'on attendait : humour décalé, cynisme, émotion. Si Johnny Depp est à la hauteur - et se rattrape un peu des daubes qui ont récemment pollué sa carrière - si Alan Rickman se démontre toujours aussi inquiétant et à l'aise dans le rôle du méchant, Helena Bonham-Carter, elle, crève l'écran. Bien trop rare - et pourtant géniale dans Fight Club et excellente dans Conversation avec une femme - et abonnée aux seconds rôles sous la direction de son mari, cette fois-ci on ne peut louper sa remarquable performance en complice dévouée du barbier, qu'on n'aurait pas imaginée aussi sexy et charismatique vêtue d'une robe poussièreuse et rafistolée.

            On retiendra également quelques séquences succulentes - à l'inverse des tourtes de Mrs Lovett - notamment Todd sortant dans la rue exposer son désir de vengeance au milieu des passants. Dommage que l'oeuvre soit aussi irrégulière. A certains moments, on se régale. D'autres fois, on soupire devant tant de mièvrerie (faites-nous grace de cette amourette entre la blondinette rêveuse aux yeux globuleux et l'alien le gentil garçon naïf, romantique et plein d'élan si bien qu'on aurait envie de s'arracher un bras pour qu'ils la ferment - I haaaaate you Johanna... On regrette également certains choix de mauvais goût (pas nécessaire de laisser couler le sang sur le visage de sa femme) et si peu de folie de la part d'un réalisateur qui nous avait habitué à plus de culot.

Un film sans surprise : bon mais pas excellent, décalé mais sans génie, gore mais à la sauce ketchup. On regrettera donc une réalisation et un scénario un peu trop convenus - fidélité à l'oeuvre originale... - malgré une maîtrise technique indéniable, un certain manque de goût et de finesse, mais surtout une partie musicale trop envahissante et pas forcément toujours inspirée qui empêche le film de décoller. Néanmoins, si l'on devait choisir un éclair de génie qui vaille le détour, ce serait la séquence multicolore où Mrs Lovett expose ses projets de famille à Todd. Et si le point fort de ce dernier film de Burton serait finalement son épouse ?

WN 13 / 20

Presse (Metro & Brazil)

Si Johnny Depp pousse plutôt bien la chansonnette, la mise en scène trop statique de Tim Burton empêche les numéros musicaux de vraiment décoller. C'est d'autant plus regrettable que l'intrigue, trop prévisible, sombre vite sous l'amas de cadavres découpés à la chaîne. Jérôme Vermelin

On peut vanter les décors somptueux, les images superbes, les cadrages faramineux, la lumière magnifiquement sombre, (...) tout s'écroule comme un chateau de cartes aux sons des chants chiants extirpés des gorges des acteurs. Eric Coubard

Filmographies

 Johnny Depp ( Edward Scissorhands, Sleepy Hollow, Desperado 2  ... )
Helena Bonham-Carter ( Big Fish, Fight Club, Conversation avec une femme  ... )
Alan Rickman ( Robin des Bois, Piège de cristal, Harry Potter 1 à 6, Snow Cake  ... )
Tim Burton ( Edward Scissorhands, Sleepy Hollow, L'étrange Noël de Mr Jack  ... )

Prochaine toile

It's a free world de Ken Loach