29 janvier 2008
[ciné] SWEENEY TODD : LE DIABOLIQUE BARBIER DE FLEET STREET

AVEC JOHNNY DEPP, HELENA BONHAM-CARTER, ALAN RICKMAN - UN FILM DE TIM BURTON
MUSICAL, GORE - 1h55 - 2008 - Londres, 19ème siècle. Issue du folklore anglais, Sweeney Todd raconte
l'histoire morbide d'un barbier, Benjamin Barker, condamné à tort par
un juge corrompu et exilé en Australie pour purger sa peine, d'où il
s'évade quinze ans plus tard. Décidé à retrouver sa femme et son
enfant, il retourne en Angleterre sous le nom de Sweeney Todd, mais
découvre que le fameux juge est sur le point d'épouser sa fille !
Désespéré, il plonge peu à peu dans la folie et décide de prendre sa
vengeance. Se met alors en place un monstrueux carnage…
Et bon appétit bien sûr !
Depuis quelques temps, les derniers films de Tim Burton ont un certain goût de déjà-vu lors desquels on retrouve avec plaisir et parfois une touche de déception les éléments caractéristiques de l'univers du réalisateur. Ce Sweeney Todd fraîchement sorti confirme la tendance : sorte de pot-pourri de ses précédentes oeuvres - on remarque une sacrée ressemblance entre Sweeney Todd et Edward - avec un casting assez courant et des bouilles comme Burton les aime - dont ce pâle sosie de Christina Ricci dans Sleepy Hollow qui interprète la fille de Todd, Johanna. Afin de changer un peu et ne pas donner l'impression de servir au spectateur le même plat assaisoné différemment, il change d'acolyte pour la partie musique et abandonne temporairement le talentueux Danny Elfman.
Après une introduction qui pose rapidement le décor et dont Burton a le secret, on découvre Depp à bord d'un bâteau - instant de panique ! Zut il s'agit de Pirates des Caraïbes 4 ? - revenant vers Londres dont il a été banni plusieurs années auparavant, séparé de son épouse et de sa jeune fille - en tout cas, c'est ce qu'on comprend grâce au barbier exilé qui pousse la chansonette. D'ailleurs, on constate rapidement que le film va souffrir de la surabondance de chants, aux textes pas toujours inspirés qui plus est. Plutôt que de servir le film et la narration, il est d'abord utilisé pour raconter le passé des protagonistes puis pour justifier la pseudo-romance entre un jeune matelot et la fille de Todd dont on se serait plus que passé. Première grosse déception donc dès le premier quart d'heure. Les scènes non-chantées se font rares et pourtant, ce sont celles qui donnent du cachet à l'oeuvre, puisque l'on ressent davantage le chagrin et la soif de vengeance dans les silences de Benjamin Barker (rebaptisé par ses propres soins Sweeney Todd) que dans ses sérénades.
Dès l'arrivée de Mrs Lovett, le film prend de l'ampleur. La cuisinière apporte l'ingrédient miracle qui donne enfin à l'oeuvre la saveur qu'on attendait : humour décalé, cynisme, émotion. Si Johnny Depp est à la hauteur - et se rattrape un peu des daubes qui ont récemment pollué sa carrière - si Alan Rickman se démontre toujours aussi inquiétant et à l'aise dans le rôle du méchant, Helena Bonham-Carter, elle, crève l'écran. Bien trop rare - et pourtant géniale dans Fight Club et excellente dans Conversation avec une femme - et abonnée aux seconds rôles sous la direction de son mari, cette fois-ci on ne peut louper sa remarquable performance en complice dévouée du barbier, qu'on n'aurait pas imaginée aussi sexy et charismatique vêtue d'une robe poussièreuse et rafistolée.
On retiendra également quelques séquences succulentes - à l'inverse des tourtes de Mrs Lovett - notamment Todd sortant dans la rue exposer son désir de vengeance au milieu des passants. Dommage que l'oeuvre soit aussi irrégulière. A certains moments, on se régale. D'autres fois, on soupire devant tant de mièvrerie (faites-nous grace de cette amourette entre la blondinette rêveuse aux yeux globuleux et l'alien le gentil garçon naïf, romantique et plein d'élan si bien qu'on aurait envie de s'arracher un bras pour qu'ils la ferment - I haaaaate you Johanna... On regrette également certains choix de mauvais goût (pas nécessaire de laisser couler le sang sur le visage de sa femme) et si peu de folie de la part d'un réalisateur qui nous avait habitué à plus de culot.
Un film sans surprise : bon mais pas excellent, décalé mais sans génie, gore mais à la sauce ketchup. On regrettera donc une réalisation et un scénario un peu trop convenus - fidélité à l'oeuvre originale... - malgré une maîtrise technique indéniable, un certain manque de goût et de finesse, mais surtout une partie musicale trop envahissante et pas forcément toujours inspirée qui empêche le film de décoller. Néanmoins, si l'on devait choisir un éclair de génie qui vaille le détour, ce serait la séquence multicolore où Mrs Lovett expose ses projets de famille à Todd. Et si le point fort de ce dernier film de Burton serait finalement son épouse ?
Presse (Metro & Brazil)
Si Johnny Depp pousse plutôt bien la chansonnette, la mise en scène trop statique de Tim Burton empêche les numéros musicaux de vraiment décoller. C'est d'autant plus regrettable que l'intrigue, trop prévisible, sombre vite sous l'amas de cadavres découpés à la chaîne. Jérôme Vermelin
On peut vanter les décors somptueux, les images superbes, les cadrages faramineux, la lumière magnifiquement sombre, (...) tout s'écroule comme un chateau de cartes aux sons des chants chiants extirpés des gorges des acteurs. Eric Coubard
Filmographies
Johnny Depp ( Edward Scissorhands, Sleepy Hollow, Desperado 2 ... )
Helena Bonham-Carter ( Big Fish, Fight Club, Conversation avec une femme ... )
Alan Rickman ( Robin des Bois, Piège de cristal, Harry Potter 1 à 6, Snow Cake ... )
Tim Burton ( Edward Scissorhands, Sleepy Hollow, L'étrange Noël de Mr Jack ... )
Prochaine toile
It's a free world de Ken Loach
Commentaires
J'irai peut etre le voir...
mais pas très convaincu...
Possible quand même pendant les vacs avec le film des Frères Coen
Belle soirée à vous!
Je n'ai rien à ajouter, c'est extactement ce que j'ai pensé du film. Bon, mais sans surprises. C'est ce qu'on attend de Burton pourtant.
Bon
aurai-je le temps d'y aller ?
En tout cas, je souhaite aller voir "it's a free world" et attends avec impatience ta critique !
Mes parents l'ont vu mais je n'ai pas trop compris leur critique.
Je crois que le cinéma va me manquer quand je serai partie vivre en Italie. Il va falloir vite que j'apprenne l'italien et que je renonce aux films en VO sous-titrée, il paraît qu'ils ne savent pas faire. :-(
Pour le dernier Tim Burton, j'ai effectivement entendu dire qu'il y avait trop de chant. Fan de Burton, j'ai bien envie de le voir quand même, bien sûr!
Un bacio ! (je m'entraîne !) :-)
Exactement
J'adhère totalement à ton article. Le film aurait gagné en intensité s'il n'avait pas été chanté. Et la sous-intrigue amoureuse... mon dieu ! Bref, Helena Bonham Carter et Johnny Depp aussi quand même sont ce qu'il y a de mieux je trouve dans le film, formellement bien mis en scène tout de même.
Ben voilà
Un film que j'attends cette année et que je verrai sûrement. :-)
J ai adore
En direct depuis Dublin je peux te dire que j ai adore le film. Ce que tu oublies certainement dans ta critique par rapport aux chansons c est que a la base, le film est un music hall... Je suis d accord que sans les chansons le film serait mieux, mais cest la quon voit le genie de Burton qui se lance dans un style peu apprecie au cinema ces temps.
De plus, concernant l amourette elle ne ma pas derange. Disons qu elle serait d excuse pour que joanna rencontre son pere, mais le sujet a ete mal traite sur la fin.
DSl pour le manque d accent mais je comprends rien aux claviers Dublinois...
Gros bisous
J'attendais beaucoup de ce film, j'avoue avoir été un peu déçue...
Globalement, je l'ai trouvé bon, je ne vais pas le nier, mais sans le petit plus qui fait souvent le charme de Tim Burton. Si j'ai accroché avec le côté sombre et inquiétant de l'histoire, l'aspect "chanté" m'a vraiment beaucoup dérangé; J'en étais presque à espérer 3 minutes de dialogue sans qu'ils poussent la chansonnette mais cela devait ne pas être...
"J'en étais presque à espérer 3 minutes de dialogue sans qu'ils poussent la chansonnette mais cela devait ne pas être..."
-> J'ai ressenti la même chose, comme tu as du le comprendre en lisant mon article.
ça y est !
Je me suis enfin décidée à aller voir Sweeney Todd.
Premier point positif : l'aspect comédie musicale ne m'a pas du tout gênée/affligée/saoulée. Alors que c'est ce que je craignais le plus. Parfois effectivement les parties chantées deviennent un peu longuettes mais rien de rédhibitoire.
Effectivement, on a une impression de déjà-vu, il faudrait que Burton songe à renouveller son casting... pourtant dieu sait qu'on les aime Johnny Depp et Helena Bonham Carter, mais à trop jouer des rôles semblables avec le même réa, ça devient lassant. Et plus qu'à Christina Ricci, j'ai trouvé que c'est avant tout à Vanessa Paradis (en plus jeune) que ressemblait la petite Johanna !
Bref, tout ça pour dire qu'il serait temps que Burton se mette un coup de pied aux fesses et cesse un peu de choisir la facilité. Sweeney Todd est un film trop facile, trop convenu à mon gout.
Je l'ai bien aimé, mais il ne m'a ni embarquée, ni fait rêver. J'ai tout juste esquissé un sourire lors des scènes lumineuses et colorées rêvées par Mrs Lovett, avec le ciel bleu, la plage et les habits de vacanciers. ça c'était inattendu.
Tim Burton tourne un peu en rond
Je constate effectivement que Tim Burton tourne un peu en rond depuis quelques années, après l'excellent "Sleepy Hollow". Soit il sort de son univers gothique sans totalement convaincre, soit il y revient (comme dans "les noces funèbres") sans rien apporter de neuf. Ses films restent d'excellents spectacles mais on n'y retrouve plus la sombre étincelle qui émerveillait autrefois. J'attendrai donc que ce "Sweeney Todd" sorte en vidéo.
Sweeney Todd
Bonjour,
Il apparait comme un peu déplacé de regretter le côté "chanté" du film puisqu'il s'agit précisément de l'adaptation cinématographique d'une comédie musicale à succès. De plus, depuis "Les Noces Funèbres" et "Charlie et la chocolaterie", on savait Tim Burton amateur des parties chantées.
Pourtant, je comprends la déception de certains car les passages chantés sont parfois pesants (surtout lorsqu'il concerne les deux tourtereaux dont tout le monde se fout, Tim Burton aussi visiblement puisqu'il ne daigne même pas apporter une conclusion à leur histoire). Cela dit, sans cet aspect "musical", le film aurait peut-être souffert de sa profonde violence. Toutes ces chansons qui parsèment le film permettent de détendre un peu l'atmosphère du film (il est tout de même question de meurtres en série et de cannibalisme).
Pour ma part, le film de Tim Burton est plutôt réussi. D'ailleurs, le tableau venant conclure l film est d'une beauté époustouflante !
Amicalement,
Shin.
PS: Par rapport à d'autres, Johnny Depp a une filmographie plutôt intéressante (alternant grosses productions et films plus intimistes). Et même dans les films les moins bons de sa carrière, il est toujours très bon (sans lui, je n'aurai jamais supporté plus de 10 minutes de "Desperado 2" d'ailleurs...).
Concernant Johnny Depp, je ne peux qu'acquiescer. Par contre, il faut bien reconnaître que ces quatre dernières années, il semble tomber dans la facilité. Ça en deviendrait presque agaçant. Je ne comprends pas ses choix. Je ne le trouve d'ailleurs pas très bons dans les derniers films - pas aussi transcendants qu'auparavant - voire même proche du cabotinage - je n'évoquerais même pas Pirates des Caraibes 2 et 3... Desperado 2 est un film distrayant, sans plus, mais qui est en effet sauvé par un Depp en grande forme.
Johnny Depp
Bojour,
Avec la trilogie "Pirates des Caraïbes" (qui doit tout à Johnny Depp également), Johnny Depp a bouclé un cycle de divertissements à gros budget. Soyons patients, il est évident que ses prochaines contributions prouveront que sa réputation n'est pas surfaite.
Déjà, "Shantaram" m'intrigue assez. Sans parler du plaisir certain à le retrouver à l'affiche des prochains "Sin City" (je sens qu'il va être dantesque dans cet univers qui lui correspond à la perfection) et à celui de le voir retourner (peut-être) chez son ami Terry Gilliam (en remplacement du regretté Heath Ledger).
Amicalement,
Shin.
Johnny Depp
Loin de moi l'idée de dire que Johnny Depp est surestimé. Comment ne pas se régaler de certains de ses rôles, notamment Sleepy Hollow ou encore Donnie Brasco. Et que dire de Edward Scissorhands, sublime et inoubliable. Au contraire, je regrette un tel gachis dans ses derniers choix de films - il aurait d'ailleurs rempilé pour un quatrième Pirates des caraibes - alors qu'il choisissait avant des challenges plus intéressants. Peut-être passe t'il trop de temps avec sa cruche de femme qu'il en devient à son tour un peu simplet :p Petite vanne mesquine :)
En tout cas, pour moi, Johnny Depp est probablement l'un des acteurs les plus doués de sa génération et il me tarde également de le revoir dans des rôles de qualité, notamment s'il joue avec Gilliam. Enfin, je n'étais pas au courant pour Sin City 2 (et 3!) donc merci de l'info. Ce volet s'annonce donc bien dantesque !
