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AVEC CHRISTIAN BALE, HEATH LEDGER, GARY OLDMAN, AARON ECKAART, MICHAEL CAINE  ETATS_20UNIS4 AVENTURE, THRILLER - 2h32 - 2008 - Batman aborde une phase décisive de sa guerre au crime. Avec l’aide du lieutenant de police Jim Gordon et du Procureur Harvey Dent, Batman entreprend de démanteler les dernières organisations criminelles qui infestent les rues de sa ville. L’association s’avère efficace, mais le trio se heurte bientôt à un nouveau génie du crime qui répand la terreur et le chaos dans Gotham : le Joker...

Why so serious ?

      Après un Batman Begins prometteur qui donnait un nouveau visage à la saga inspirée de l'œuvre de Bob Kane et faisait oublier les piètres et ridicules adaptations d'un Joël Schumacher qui ne pense qu'avec le porte-monnaie, Christopher Nolan enchaine avec The Dark Knight où il retrouve l'ensemble de son casting de haut rang (Christian Bale, Gary Oldman, Morgan Freeman, Michael Caine, rien que ça) ainsi que deux nouvelles recrues – trois en fait, si l'on compte le remplacement de la midinette Katie Holmes par une bien fade Maggie Gyllenhaal que l'on attendait meilleure – pour camper le procureur Harvey Dent et le redoutable Joker.
        Pour le premier, Aaron Eckaart a été choisi. Celui que l'on retrouvera cet automne dans le premier film de Alan Ball intitulé Towelhead se montre plutôt convaincant dans le rôle du chevalier blanc, sorte de héros de tout un peuple désespéré de l'interminable ascension de la criminalité dans la ville de Gotham. Il sera d'ailleurs intéressant de faire le parallèle avec nos sociétés contemporaines quant à la popularité soudaine et la prise de pouvoir d'un tel personnage dans une atmosphère où prédomine le sentiment d'insécurité et la peur. Certains discours de Harvey Dent pourraient rappeler - si l'on a l'esprit cynique comme moi – les propos tenus par un président de petite taille quant à la vermine, la racaille et les hommes d'affaires véreux lors de sa campagne.
        Pour incarner le plus grand ennemi de Batman, et ce malgré des candidatures plutôt prestigieuses comme celles de Robin Williams, Sean Penn ou encore Jude Law, Christopher Nolan a choisi l'acteur australien Heath Ledger.

        Dès la première séquence d'introduction, le spectateur est sous tension, avec une scène de braquage excellente (digne d'un bon film des 70s) alternant tension et humour noir, qui donne rapidement le ton et qui nous emporte dans la folie anarchiste du Joker. Sa présence se ressent sur l'ensemble du film, instaurant un climat menaçant et pesant. Il est le moteur du film, qu'il hante même lorsqu'il n'est pas à l'écran, laissant présager du pire à chaque coin de rue. Chaque apparition du clown terroriste est mémorable. La plus grande réussite du film est indéniablement l'interprétation phénoménale de Heath Ledger qui envoie aux oubliettes le cabotin bouffon de Jack Nicholson dans la version de Tim Burton. Ce grand méchant façonné par Nolan et Ledger est incontestablement LE méchant le plus trippant que l'on ait pu voir au cinéma. Ce sera d'ailleurs le seul superlatif que j'emploierais sciemment au sujet de The Dark Knight. Par sa démarche, ses attitudes, ses mimiques ainsi que par le choix du maquillage – et des anecdotes à vous glacer le sang sur l'explication des cicatrices en forme de sourire qu'il porte autour de sa bouche – on a devant nous un psychopathe semeur de trouble que rien d'autre ne motive – pas même l'argent, il suffit de voir ce qu'il en fait lors de la scène de la pyramide de billets de dollars – que ce goût dément affirmé pour le chaos et la peur. S'il fallait illustrer cette folie inquiétante qui anime le Joker, la séquence où il pose un ultimatum à deux ferries bondés qu'il a pris en otage en serait l'exemple parfait.

        Sa relation avec Batman est également intéressante. Si d'ordinaire on trouve souvent Batman et surtout Bruce Wayne plutôt plats et barbants (c'est le rôle qui veut ça), Nolan a tenté de lui donner un semblant de noirceur et d'humanité, le menant même à reconsidérer la légimité et la valeur de son combat contre la pègre. Le Joker va jouer au chat et à la souris avec lui, prenant goût à titiller cet alter-égo capé et tout de noir vêtu. Rapellant la conclusion de Incassable de Night Shyamalan, l'existence du Joker prendrait tout son sens à travers celle de Batman et réciproquement. Toutefois, et malgré la prestation irréprochable de Christian Bale – hormis ce « choix » plus que douteux de la voix rocailleuse de Batman qui prête souvent à pouffer de rire – il reste à nouveau un peu en retrait, comme chez Burton.

        Aaron Eckaart livre une prestation honorable dans le rôle de Harvey Dent/Double Face. Son personnage est l'occasion pour Christopher Nolan d'exploiter à nouveau les dérives obsessionnelles qui peuvent conduire à la folie ou à la schizophrénie (Memento, Le Prestige). Chaque fois, Christopher Nolan aiment entacher ses héros et se jouer des frontières de la moralité, les poussant à commettre des actes immoraux pour parvenir à leurs fins – on pensera au pacte que passent Gordon, Dent et Batman afin de capturer le Joker, ou encore à ce que devra devenir Batman pour combattre des ennemis de plus en plus redoutables car ils ne sont plus régis par aucun code de conduite.

        Concernant le reste du casting, il est sans surprise à la hauteur – si l'on oublie la décevante Maggie Gyllenhaal – et l'on se réjouit d'ailleurs de voir davantage un Gary Oldman tout à son aise, lui qui avait du se contenter d'un rôle plus réduit dans le volet précédent. Morgan Freeman et Michael Caine, les deux complices de Bruce Wayne, sont toujours aussi inimitables dans leur style respectif et font plutôt bien le boulot nécessaire.

        Malgré sa dimension hollywoodienne et les obligations vis à vis de la Warner – qui l'a conduit à couper une demie-heure de son film au montage - Nolan réussit à imprégner Batman de son identité, notamment cette fascination des frontières entre le bien et le mal, donnant souvent la part belle aux personnages calculateurs et machiavéliques (Le Prestige, Insomnia). Il gère d'ailleurs plutôt bien le rythme du film, tenant en haleine le spectateur sur presque 2h30 d'un blockbuster aux allures de thriller noir, alternant action et suspens avec équilibre. On regrette toutefois que ce projet plus qu'ambitieux ne nous laisse sur un léger sentiment de frustration. Nolan semble s'être attaqué à une montagne d'exigences, et devant la densité d'intrigues et de personnages de The Dark Knight, on a l'impression que le talentueux et appliqué réalisateur se retrouve un peu débordé par son œuvre et ses protagonistes – ce qui se sent dans le montage d'ailleurs - laissant en suspend de nombreuses questions ou l'impression que l'on attendait encore mieux de la part de Monsieur Nolan.

        Christopher Nolan signe avec The Dark Knight une adaptation riche et dense, sublimée par un Joker hallucinant incarné par le défunt Heath Ledger qui le rend aussi ludique que fascinant et inquiétant, mais qui nous laisse toutefois avec quelques petites frustrations quand le générique final arrive, comme un goût d'inachevé.
        Est-ce en fait le symptôme d'une trop grosse attente de la part d'un réalisateur que j'aime énormément et que je n'ai reconnu qu'entre les lignes – quant on repense au film et qu'on se replonge dans le détail, on reconnaît sa patte et ses thèmes de prédilection – ou la déception d'un travail contrôlé par une machine industrielle – merci à nouveau la Warner – qui empêche tout cinéaste dé génie de véritablement se lâcher ? Peut-être qu'un Director's Cut permettrait d'atténuer cette sensation ? Toujours est-il que malgré ses qualités indéniables, son Joker jouissivement déjanté et addictif, et le fait que l'on passe un bon moment de cinéma, on n'atteint pas le chef d'œuvre tant annoncé et que l'on a hâte de retrouver Christopher Nolan dans un travail affranchi des exigences inhérentes à une franchise.

CDCs 9 / 10

 

Morceaux choisis

Batman autant que le Joker (…) cherchent leur place dans une société déboussolée. (…) Donnant ainsi à ce nouveau chapitre des couleurs sombres et réalistes qui nous renvoient à des maux d'aujourd'hui. - OuestFrance

Ce nouveau Batman est passionnant, ambigu, voire dérangeant. Un peu indigeste également.  - TeleCineObs

The Dark Night est un film à la fois fascinant et frustrant. A vouloir jouer sur tous les tableaux, le cinéaste instaure un flou, une sorte de brume autour du mythe - Le Nouvel Obs'

Filmographies

Christopher Nolan (The following, Memento, Insomnia, Batman Begins, Le Prestige ... )
Christian Bale ( Equilibrium, Le Nouveau Monde, Le Prestige, I'm not there ... )
Gary Oldman ( JFK, Dracula, Leon, Le 5ème Element, Harry Potter 3 & 5  ... )