demineurs

RÉALISÉ PAR KATHRYN BIGELOW – AVEC JEREMY RENNER, ANTHONY MACKIE, DAVID MORSE

□□

Mon opinion : Récemment je me suis décidé à voir le film multi-oscarisé The Hurt Locker – rebaptisé Démineurs par nos chers distributeurs français. J'attendais avec une certaine impatience et beaucoup de curiosité ce film qui a "consacré" pour la première fois une femme en lui attribuant la statuette de meilleur réalisateur. Après un peu plus de deux heures que dure le film de Bygelow, le générique arrive et je reste perplexe. C'est ça le film de l'année ? Très sincèrement, l'Academy semble souffrir du même syndrome d'hypocrisie arrogante que nos Césars – récompenser le très prétentieux/navrant/soporifique Séraphine face à l'excellent Entre les Murs ou le très beau Le Premier Jour du reste de ta vie relève de la connerie sinon d'une incroyable fatuité. Car n'ayons pas peur des mots, le film de Kathryn Bigelow est tout ce qu'il y a de plus banal.  Pas mauvais, attention. Mais loin d'être le film exceptionnel que l'on nous vend (préférez Jarhead, tellement mieux réalisé, mieux écrit et mieux interprété). Certes il comporte trois bonnes séquences, plutôt prenantes et bien foutues – et encore. Mais elles sont perdues au milieu d'un film sans rythme. Les acteurs , eux, ne sont pas formidables, quant à la psychologie des personnages, elle est plus que sommaire. Le scénario est assez irrégulier : pour faire un bon film, il ne suffit pas de mettre quelques scènes d'action et de tension, une intro' choc et une conclusion "sortez les violons". Enfin, la mise en scène alterne le bon et le moins bon avec des séquences assez désagréables filmées à l'épaule ou en caméra embarquée avec des pénibles effets de style à la Tony Scott. Bygelow semble avoir trop regardé 24 et s'être inspiré de ce que la série a de moins bon : caméra tremblante et zooms peu subtils, héros tête brulée au patriotisme poussé à l'outrance quitte à négliger sa famille... Sauf que Twenty-Four a beaucoup d'atouts - que Démineurs n'a pas vraiment.

Après les petits indiens des bidonvilles, Les États-Unis d'Obama décident cette année de se donner bonne conscience en faisant coup double : les gonzesses et les pauvres p'tits soldats tombés au combat. Et tant pis si James Cameron a mis une grosse claque dans la tronche à beaucoup de monde avec Avatar et méritait – en plus de son immense succès en salles – une nouvelle reconnaissance de son talent par ses pairs... Car Démineurs met en avant la vacuité le courage des militaires américains. La nation entière peut être fier d'eux et doit leur rendre hommage. Sans eux, les barbus mettraient le monde à feu et à sang. Grâce à Bygelow, la population américaine pourra se dire que "oui faire la guerre c'est moche" mais que "il le faut bien dans le fond" si on veut imposer offrir (notre vision de) la démocratie et la liberté". La déculpabilisation plutôt que la raison et l'action. God bless America.

En résumé : The Hurt Locker est un film irrégulier et simpliste, trop rarement prenant pour mériter le détour. Démineurs ou la confirmation que les Oscars s'occupent de la politique et la Mostra du septième art.

En d'autres mots  : « La réalisatrice, en tournant autour de son héros, a beau s’évertuer à jouer sur les ralentis et les zooms avant/arrière, on ne voit au final qu’un type qui a chaud en train de débrancher des fils. - Rien de nouveau que nous n'ayons déjà vu dans n'importe quel film de guerre et surtout une idéologie puante et détestable qui ne remet surtout pas en cause l'aberration de cette guerre et profite au contraire de l'occasion pour en remettre plusieurs couches sur la vaillance des boys, leur bonne vieille camaraderie virile et la toujours formidable compétence de l'armée US. - Du suspense, mais peu d’épaisseur. »

SORTIE EN SALLES (FR) 23 SEPT. 2009