BanAnnaM

Atteinte de l'illusion délirante d'être aimée, Anna, jeune femme douce et réservée, se persuade que le docteur Zanevsky est amoureux d'elle. Dès lors, rien, jamais, n'entamera sa conviction... Mais après l'espoir, viendra le dépit, puis la haine...

Aimer à la folie, pas du tout.

Le nouveau film de Michel Spinosa suit l'itinéraire d'une jeune femme, appliquée et appréciée dans son travail, qui s'occupe et vit avec sa mère malade. Il semble toutefois qu'elle souffre cruellement de solitude. Un soir, en sortant son chien, dans un geste de désespoir, elle va se jeter sous les roues d'une voiture.

Non, ce n'est pas le docteur qui conduit la voiture, seulement un chauffeur de taxi - qui d'ailleurs ne s'arrêtera même pas après l'avoir renversée. Anna va se retrouver en soin et sera prise en charge par le Docteur André Zanevsky et cette relation médecin-patiente va être mal interprêtée par la jeune accidentée suicidaire qui y verra de l'intérêt de la part du quadragénaire et une étincelle dans sa vie.

Mais plutôt que de se positionner du côté de la victime du harcèlement, Spinosa choisit de se focaliser sur l'actrice de celui-ci. Maladivement bercée d'illusions, elle va interpréter les moindres faits et gestes du docteur comme des signaux ou des invitations amoureuses. D'abord un peu inquiet, le spectateur va être de plus en plus désémparé à l'image de cet homme qui n'avait rien demander.

Le film créé un malaise, incarné par une Isabelle Carré troublante, qui cache sa fureur derrière un visage d'ange. Son interprétation est le moteur de ce film, doté d'un suspens assez maîtrisé - un seul temps mort dans l'histoire - et d'un scénario efficace et équilibré. La mise en scène habile de Spinosa vient soutenir la performance de son actrice et suivre cette souffrance qu'Anna ressent et inflige à son tour aux autres. Le cinéaste fera le choix de nous installer en tant que spectateur de sa vie, tant dans ses instants de paix intérieure que dans les plus perturbés, et ainsi de renforcer l'ambiguité de ce que l'on ressent pour cette femme-enfant, entre crainte et compassion.

Isabelle Carré confirme avec ce rôle qu'elle est véritablement devenue une actrice incontournable, pouvant alterner le glamour, la sensualité, mais aussi la faiblesse, la violence des maux et la rage. Mais Anna M. est tout sauf une prestation à Cesar. Cette psychose qu'elle développe est très troublante et Spinosa ne prend pas parti, car il sait peut-être aussi que si elle blesse ceux qui l'entoure, c'est avant tout elle-même qu'elle détruit le plus.

ANNA M. 3sur6

 AVEC ISABELLE CARRE, GILBERT MELKI, ANNE CONSIGNY
 
UN FILM DE MICHEL SPINOSA - FRANCE1 - DRAME, THRILLER - 1h46 - 2007

         Filmos         
Isabelle Carré
( Les enfants du marais, Se souvenir des belles choses, A la folie pas du tout, Les sentiments, Holy Lola ... )
Gilbert Melki
( La vérite si j'mens 1 et 2, Un couple épatant, Cavale, Palais Royal, Angel-A ... )

Michel Spinosa
( Emmène-moi, Une parenthèse enchantée )

     Prochaine critique   
Une jeunesse chinoise de Lou Ye