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 Ayant obtenu une bourse pour aller étudier à Pékin, Yu Hong, une jeune fille de 18 ans, quitte son village, sa famille et son fiancé. Arrivée à Pékin, elle intègre le campus de l'université. Rapidement contaminée par le désir de liberté et d'émancipation qui anime les jeunes gens qui l'entourent, elle tombe aussi follement amoureuse d'un autre étudiant, Zhou Wei.

« J’ai su, dès que je t’ai vu, que nous étions du même côté du monde. »

    Ce film est une fresque historique de la Chine et de ce vent de liberté qui a soufflé sur le pays à la chute du Mur de Berlin. Mais il évoque surtout la jeunesse, la découverte de la vie et de soi-même, l'autonomie, les expériences.

    Avec mélancolie et érotisme, le réalisateur nous plonge dans l'état d'esprit de l'étudiante et le brouille en faisant quelques apartés sur le jeune homme dont celle-ci est éprise. Nous suivons le chemin d'émancipation de Yu Hong, qui cherche ses repères et se livre dans son carnet intime (la lecture de celui-ci en voix-off accentue cette focalisation et renforce les impressions que nous laissent l'introvertie Yu).

    Hao Lei livre une prestation à fleur de peau et incarne toute l'ambiguité et la sensualité juvénile de son personnage. Elle nous émeut, nous heurte, nous laisse songeur et nous bouscule, remet en cause nos idéaux, nous laisse plein d'espoir avant de finalement nous le retirer. C'est un peu le sentiment que le film entier, qu'elle marque de sa présence, peut laisser en sortant de la salle et de nombreuses heures après la projection.

    La difficulté d'accepter sa vie comme elle est alors que l'on aspire à autre chose, que l'on se sent différent de ce que l'on vit et qui nous entoure, et ce combat intérieur pour sont très représentatifs de ce qui se passe dans cette jeunesse chinoise. Yu Hong est un volcan de sensibilité caché derrière un tempérament boudeur et détaché. Elle ne laissera tomber sa carapace qu'au moment où elle se donnera toute entière à son amant. Et Zhou Wei va être celui qui verra en elle, aux côtés duquel elle se sentira exister et qui va marquer son âme au point d'affoler tous ses repères. Une séquence est véritablement éloquente puisqu'elle va même jusqu'à lui annoncer, après qu'ils aient fait l'amour qu'elle préfèrerait qu'ils se séparent maintenant qu'elle ne peut plus se passer de lui.

    Un film dont il est difficile de parler tellement il dégage une palette d'émotions indescriptibles, que seules l'image et la musique illustrent pendant 2h20. L'oeuvre de Lou Ye dégage avec lyrisme et poésie ce souffle romantique de liberté, marqué de frustrations, de mélancolie et de solitude. Il met en images ces bris de vie sur lesquels on s'écorche pour ressentir à nouveau, ou justement, ne plus ressentir pour quelques instants éphémères.

    Ce film est non seulement beau, il en devient parfois terrassant, comme ce bout de jeune femme perdue dans un courant de révolte qu'elle ne contrôle pas, et qui malgré tout tente d'avancer. Il décrit avec pertinence le douloureux apprentissage de cette jeunesse en quête d'identité, aux idéaux déçus, et le contexte politique d'une période marquante de l'histoire mondiale. Son seul défaut est peut-être ce montage assez inégal et confus, qui peut parfois perturber le spectateur dans la chronologie des évènements.

UNE JEUNESSE CHINOISE  4

  AVEC HAO LEI, GUO XIAODONG, HU LING
UN FILM DE LOU YE CHINE4 DRAME, HISTORIQUE - 2h20 - 2007

Extrait de TELERAMA

Ils se rencontrent, (...) se désirent tout de suite, couchent ensemble, expérimentent la jalousie, les cassures, les retrouvailles. Elle tient un journal dont les fragments en voix off irriguent le film d’un bout à l’autre. Des pensées de jeune fille un peu dérangée ? Plutôt des messages envoyés depuis la planète adolescence, inquiétude, exaltation et métaphysique de l’amour mélangées.

C’est une jeunesse qui se libère, une jeunesse chinoise donc, mais surtout un jeunesse tout court, sans distance, sans recul. Les amants habitent aveuglément le présent. C’est seulement une fois passé l’orage de Tian’anmen et une fois leurs routes séparées que leur histoire en devient une. Une histoire qui grandit dans la mémoire de Yu Hong, la jeune fille, étrangère aux villes de la Chine du Sud où elle travaille et peine à se stabiliser affectivement. Le garçon, lui, a rejoint à Berlin en pleine réunification d’anciens condisciples, et pour une période indéterminée.

Dès lors, le film devient un bouleversant précis de décomposition des idéaux juvéniles, entre l’Allemagne, où les vieilles amitiés amoureuses importées de Pékin se soldent dans le néant, et la Chine, où Yu Hong, esseulée au cœur d’une société toute à son développement économique, s’accroche en secret, jusque dans le lit de ses partenaires sexuels, au culte de son grand amour de fac. Le passage des années, l’alchimie délicate du collectif et du particulier préparent avec subtilité un épilogue désenchanté au possible : la « jeunesse » finit moins à l’entrée dans l’âge adulte qu’à l’heure où s’évanouit définitivement le mirage qui lui avait donné sa saveur.

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Lou Ye
( Suhzou River ... ) 

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  La faille de Gregory Hoblit

Comme vous l'aurez certainement remarqué, un nouveau design orne maintenant le blog. Un grand merci à Palou pour cette belle création qui remplace sa précédente. J'espère qu'elle vous plaira tout autant qu'à moi.