19 février 2008
[ciné] JUNO

AVEC ELLEN PAGE, JENNIFER GARNER, MICHAEL CERA UN FILM DE JASON REITMAN
COMEDIE - 1h31 - 2008 -
En cloque, mode d'emploi
Avertissement : ce billet comporte des séquences violentes et désagréables, accompagnées de propos de mauvaise foi diablement libérateurs, éloignez donc les enfants et les bobos de l'écran de l'ordinateur pour ne pas heurter leur sensibilité.
Chaque année, une comédie "indie" décroche les louanges de la presse et des spectateurs - Garden State, Little Miss Sunshine, etc. Chaque année, tout le monde ne tarit pas d'éloges sur le coup de cœur de l'année, original, frais et décalé, un film intelligent qui fait du bien et donne le sourire. La populasse bobo semble raffoler du genre dont les codes sont facilement descriptibles : quelques références musicales ou cinématographiques suffisamment réputées mais pas trop commerciales pour donner au spectateur l'impression que le film est fait pour lui, un(e) ado faussement ringarde et incomprise dans un environnement familial atypique, des blagues et des situations loufoques dignes d'American Pie avec un ton prétentieux pour ne pas donner l'impression au spectateur qu'il s'abrutit mais suffisamment léger pour ne pas avoir à se justifier des carences scénaristiques qui lui donneraient cette fois l'impression d'être pris pour un con.
En réalité, le film est une belle imposture que l'on nous vend sous l'étiquette glorieuse de "comédie indépendante" comme un gage de qualité. Les dialogues sonnent souvent faux, la mise en scène est remarquablement maladroite, les acteurs surjouent, la bande son est mal choisie et le scénario pas toujours crédible, voire même consternant d'irréalisme. Le choix de Juno de renoncer à l'avortement n'est qu'un élément scénaristique traité avec une superficialité affligeante : l'hôtesse d'accueil du planning familial est adepte du piercing et des capotes fruitées, les patients dans la salle d'attente font des bruits agaçants et une camarade de classe qu'elle croise à l'entrée lui apprend que les embryons ont des ongles. Oh my God que de motifs révoltants contre cet acte criiiiiimineeellll qu'est l'IVG et qui poussent la petite ado pseudo-grunge à porter sa grossesse jusqu'à son terme et la confier à un parfait petit couple américain aisé dans l'attente du miracle que serait pour eux de devenir enfin parents.
On aurait aimé pouvoir se raccrocher au fait que les acteurs, au moins, sauvent le tout. Parce que pour Little Miss Sunshine, si l'on ne pouvait comprendre l'enthousiasme et l'hilarité générale devant un film plombant et faussement burlesque et décalé, on se réconfortait au moins des interprétations savoureuses de Steve Carrell et Alan Arkin. Dans Juno, c'est bien difficile. Ellen Page semble effectuer un one-woman-show sans en avoir l'étoffe et la mise en scène n'avantage pas ses répliques soi-disant cinglantes qu'elle débite avec un air coolement détaché. Quant à Jennifer Garner, elle ne paraît un minimum crédible que lorsqu'elle n'ouvre pas la bouche - et encore - et reste immobile et silencieuse sur son canapé façon Bree Van de Kamp.
A force de vouloir nous servir ce plat indigeste de la soi-disant comédie indépendante bardée de slogans, qu'on vante comme la bonne surprise, on n'y croit de moins en moins et on se lasse déjà de ces objets marketing valorisés par les nominations aux Golden Globes ou les comparaisons approximatives... Rentrons donc dans le jeu. Si vous êtes bon public, que vous riez facilement et n'êtes pas trop regardant quant à la qualité d'un scénario, que vous avez adoré Little Miss Sunshine - ou que Michel Gondry est votre réalisateur préféré - alors courez voir Juno et extasiez-vous entre amis - sans vous étouffer sur le pop-corn - devant ce film plutôt formaté et guère plus intelligent qu'un teen-movie. Dans le cas contraire, passez peut-être votre chemin car le joli minois d'Ellen Page et les quelques rares répliques bien senties paraissent bien maigres pour justifier les 6 € 50 que vous coûtera votre place de cinéma.
Presse (l'ouvreuse.net)
Béni soit le film indépendant US de l'année, débarquant dans nos salles gavé de récompenses et autres nominations aux Oscars, car grâce à cet objet de culte savamment produit pour être officiellement désigné comme LE petit bijou qui renverse tous les festivals, le cinéphile bobo peut s'en aller consommer de la comédie niaise ricaine sans renier ses principes d'insurgé contre ce sale monde commercial. Ainsi, après Little Miss Sunshine en 2006 encensé pour sa galerie de personnages vus seulement 3768 fois ces vingt-cinq dernières années, débarque en 2007 la fabuleusement insipide Juno, ou comment une comédie digne d'un épisode de Gilmore Girls se retrouve en course aux Oscars et portée au Pinacle par une presse excitée par le label "indépendant" tel le quaterback bavant sur la cheerleader. Car mise à part cette pseudo-indépendance qu'un critique sur deux s'oblige à mettre en avant pour justifier sa dithyrambe (quand bien même le film est produit par la Fox, mais bon…), nous sommes bien incapables de comprendre les louanges vis-à-vis de ce néant absolu qu'est le nouveau film de Jason Reitman (Thank You For Smoking). Jamais original, jamais drôle, jamais pertinent, Juno n'est qu'une succession de scènes platement réalisées (mais c'est ça l'independant touch coco !) proposant poncifs bien sages et absence totale de point de vue.(...) Ainsi la bande originale pourrait bien être une note d'intention inconsciente des auteurs : tandis qu'Ellen Page et Jason Bateman passent leur temps à parler de rock punk, nous n'entendons tout au long de la projection que de la pop guimauve sirupeuse, représentant bien le projet Juno : partant d'un thème pas forcément mainstream et familiale, Reitman ne livre en fin de compte qu'une bluette anodine. Nicco
Filmographies
Ellen Page ( X-men 3, Hard Candy ... )
Jason Reitman ( Thank you for smoking ... )
Prochaine toile
Into the wild de Sean Penn
Commentaires
Pourquoi pas
Je suis bon public et je l'assume à mort. J'ai pas mal ri devant Juno, tout en lui admettant de nombreux défauts dont des situations ultra prévisibles. J'ai aimé cette galerie de personnage, l'humour que j'ai trouvé décalé et Ellen Page que je découvrais.
PS : j'ai adoré Little Miss Sunshine, que je trouve bien supérieur à Juno
PPS : Allez, histoire de me moquer moi aussi : Tu critiques la "masse" qui va voir Juno, et tu cites Libé... c'est pas un peu cliché ça aussi ? :p
Cela dépend, tu n'as peut-être pas remarqué mais je choisis simplement l'extrait qui reflète la vision que j'en ai eu. Ça peut être Studio, Positif, Chronic'art, commeaucinema, Libération - première fois que je me reconnais dans une critique, ou même Telerama ;) Je n'ai pas de revue de prédilection. :)
C'est bien, au moins tu reconnais qu'il faut être très indulgent pour rire et apprécier. ;)
Et beh
Et beh je ne m'attendais pas à une telle critique... Je devais aller le voir et par manque de temps, je n'y suis pas allée... J'ai vu "En cloque, mode d'emploi", j'espère que ce n'est pas dans la même veine... Ah, dis donc le ciné n'est pas trop cher chez toi, ici c'est 7,20 euros tarif réduit! On choisit donc le film avec soin!
Détrompe-toi...
Non, "En cloque, mode d'emploi" n'était qu'un titre comme un autre, il ne faut pas y voir une quelconque comparaison de qualité... D'ailleurs pour ne pas être injuste, je pense que "Juno" vaut quand même mieux que cette affreuse débilité avec Katherine Heigl.
Quant au prix des places, j'ai fait un effort, je suis allé voir le film au Gaumont qui était le seul à le diffuser à Montpellier. Je suis plutôt Utopia d'habitude, qui correspond bien davantage à ma vision du cinéma : indépendante, libre, populaire et de qualité. De plus, les salles sont beaucoup plus agréables (le cadre est superbe et plein de personnalité) et les tarifs bien plus attractifs et démocratiques : 6€ pour tout le monde et à toutes les séances, avec possibilité d'abonnement.
Ce sera sûrement la seule et unique fois que je mettrais les pieds dans ce cinéma : le public des Gaumont-Pathé est à la hauteur de l'estime que je porte à cette firme qui représente tout ce que je vomis : une pompe à fric, un supermarché où le film n'est qu'un produit formaté et le spectateur qu'un client à qui on essaie de vendre toutes les saloperies possibles (entre la demie-heure de pub avant le film, le pop-corn dans les salles et les boissons à prix exorbitants...)
...
Le Gaumont, j'en pense la même chose...
Heureusement, juste à côté de chez moi, j'ai le "Ciné Saint Leu", une salle de cinéma indépendante qui diffuse des films d'auteurs en VO, chose rare en Picardie... pour un prix attractif 6,5 au max.
Avec de la chance, "Juno" y passera et je te donnerai mon avis à ce moment là.
Pas vu
Mais comme ce film divise pas mal la communauté des bloggers, j'essayerai vraiment d'aller le voir.
Divise ?
Je n'ai pas eu le sentiment qu'il divisait. Au contraire, ce film semble faire l'unanimité dont je serai l'exception qui confirme la règle. Je ne comprends pas un tel enthousiasme. Mais bon, chaque année ça arrive...
Coucou,
Merci pour ton passage sur mon blog :)Pour ma part, j'ai adoré Juno (tout comme j'ai adoré Garden state ;-) ). J'ai aimais l'humour qu'on y trouve et le scénario mais je reviendrais dessus sur mon blog lorsque j'en aurais ecris mon avis lol. Bien qu'on attribue pas le même nombre d'étoiles à ce film (il en faut pour tous les gouts au cinéma donc heureusement que tout le monde n'aime pas les même chose ca permet a des nanars d'avoir des fans :P). Merci en tout cas pour tes commentaires et bravo pour ton blog. Je trouve ton analyse très construite et très intéréssante.
A bientôt j'espère et encore merci,
Vlad, Le Cinéphile Amateur
Ta critique est dure mais juste. J'ai été déçue et m'attendais à mieux. Surtout, ce n'est pas très drôle et puis "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" si je puis dire.
Me voilà prévenu !
J'étais un peu méfiant vis à vis de ce film. Ta critique achève de me convaincre d'attendre sa sortie en vidéo et d'aller voir quelque chose de plus intéressant en salle.
je suis assez d'accord, même si j'ai passé un agréable moment en visionnant JUNO, je ne comprend absolument pas le tapage excessif autour du film. Heuresement que je l'ai vu avant que cette mécanique promotionelle ne s'enclanche ou je pense que je n'aurai pas apprécié le film pour ce qu'il est. Un petit film sympa.
Eric...
"Heuresement que je l'ai vu avant que cette mécanique promotionelle ne s'enclanche ou je pense que je n'aurai pas apprécié le film pour ce qu'il est."
-> Je pense justement que c'est la raison pour laquelle ma critique est peu indulgente - bien que je n'en retirerais rien.
Michel Gondry
Bonjour,
Je ne vois pas trop le rapport entre "Juno" et Michel Gondry (un des réalisateurs à l'univers le plus fascinant, soit dit en passant ; ses clips étaient déjà fascinants et ses films le sont au moins autant).
Cela dit, il est intéressant de trouver un avis qui diverge de la majorité de ceux trouvés sur la toile.
Amicalement,
Shin.
Ce n'était qu'une comparaison avec le côté tendance de Gondry et le fait qu'il est très surestimé à mes yeux. Ses films sont intéressants, quand on se positionne du point de vue de l'idée de départ. "Eternal Sunshine" est un film superbe, touchant et très concret, j'ai beaucoup d'affection pour ce film, malgré ses défauts. On voit qu'il n'a pas la trempe ou la maturité d'un réalisateur de longs-métrages à certains moments.
"La science des rêves" et "soyez sympas, rembobinez" sont des idées originales également, c'est indéniable. Toutefois, en tout cas pour "la science des rêves", je trouve son travail négligé.
Eternal Sunshine of the Spotless Mind
Bonjour Wilyrah,
Pour ma part, l'oeuvre majeure de Michel Gondry est clairement "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" également. Pour le reste, il était difficile de faire aussi fort avec "La Science des Rêves". Pourtant, le film a suffisament d'atouts pour être appréciable.
En tout cas, je te remercie de ta précision.
Amicalement,
Shin.
Pour info, je te remercie de ton passage sur mon blog (j'ai répondu à ton message sur "Paris).
j'ai honte des fautes que j'ai laissé passer dans mon post...
Personnellement j'aime le cinéma indépendant américain, j'aime les garden state, les juno ou autres. J'aime ce cinéma là parce que même s'il présente peut-être les défauts de la jeunesse 'ou de l'immaturité' il faut reconnaitre qu'il est plus agréable de voir un tel film, plutôt qu'une oeuvre (devons nous dire oeuvre?) formatée pour réussir ? Le cinéma de blockbuster... ?
Je pense qu'il faut soutenir le cinéma indé pas le casser comme cela. Même si je n'ai pas trop aimé le dernier Gondry, je le respecte, je respecte son courage, d'autres avec son succès auraient décidé de tourner pour les grosses boites et faire de la merde.
Ces jeunes réalisateurs ont besoin de grandir, laissons leur le temps. On aurait quand même sacrément besoin en france d'un cinéma indépendant un peu plus présentable...
Merci pour la leçon de morale. Tu prêches à converti :)
Seulement, tu serais beaucoup plus pertinent si tu citais plutôt des films un peu plus crédibles - et moins niais - que Garden State et Juno, même si ces deux-là peuvent être divertissants.
